Derrière la scène, une économie : pourquoi continuer à soutenir les festivals
Pour un festival d'envergure internationale comme le Caribana, organisé à Crans-près-Céligny, en Suisse, le budget peut atteindre plus de 5 millions de francs suisses pour une édition, et monter à 7,7 millions. Sur le terrain, c'est le cas, car tout est cher en Suisse. La Suisse c'est la Suisse.
C'est ce type de festival, avec un budget énorme, qui peut aider et faire vivre tout un écosystème : artistes, entreprises, et surtout la communauté. Mais pour y arriver, il faut des partenaires et des bailleurs de fonds qui comprennent, qui voient le bien-fondé de l'entreprise et aident à développer et à faire progresser le festival. Les partenaires jouent un rôle capital. Pour aller plus haut, le festival ne doit pas être considéré comme de l'amusement seulement : il faut voir l'importance de ce que font les gros festivals.
Est-ce que les promoteurs parviennent à convaincre les bailleurs ? Pour beaucoup, malheureusement, l'essence même du festival et de l'événementiel est mal perçue, mal comprise. Quand les artistes sont en permanence au chômage et qu'ils sont parmi les travailleurs les plus mal rémunérés, un festival qui accueille des artistes et des festivaliers internationaux, eux, vient passer des nuits dans les hôtels, déjeuner et dîner dans les restaurants, faire ses achats dans les marchés, jouer sur le site du festival, faire des séances de dédicaces et vivre dans le pays comme des rois et des reines. Le promoteur d'un grand festival, ce n'est pas seulement quelqu'un qui organise des événements : c'est quelqu'un qui sert le pays, en faisant la promotion touristique, en créant de l'emploi.
L'exemple qui me parle le plus ? Caribana 2024. L'année où le festival m'a reçu avec la belle voix de Queen Rima, King Baba, et bien d'autres grands artistes de Guinée qu'on appelle le Pays des Rivières du Sud. Les organisateurs ont désigné un hôtel de luxe pour notre confort et notre bien-être. Comme je travaille pour des médias suisses, ils m'ont ensuite fait découvrir la ville de Lausanne, avant de me remettre la carte des saveurs, pour découvrir la richesse des vins suisses.
Je vous ai parlé de ses retombées économiques pour les hôtels, les restaurants, les traiteurs, les techniciens, les artisans. Quand il y a plus de monde, c'est bien. Autre cas de figure : le tourisme événementiel exporte l'image de la ville et du pays. Oui, pendant que les festivaliers étrangers sont en visite touristique, ils ont l'occasion d'aller faire des achats et de promouvoir Untel et compagnie. Quand ils repartent, ils disent du bien de tel pays. Imaginez une montagne en Suisse, ou un grand jardin en Guinée. Quand les articles de presse retracent les festivités, ils évoquent les saveurs de la ville du festival, des lieux historiques, le souvenir d'un plat découvert en ville ; ils parlent de la culture, et ils peuvent parler de la nature, de la particularité.
On reste sur le fait qu'un festival international s'exporte, crée de l'emploi pour les jeunes, valorise les infrastructures de la ville ou du site, entraîne et manipule un budget important qui fait travailler des entreprises. Les festivals emploient également des bénévoles, des figurants adjoints, des prestataires externes, des communicateurs artistiques, des manœuvres et ouvriers en construction. C'est un circuit qui alimente les hôtels et les maisons d'accueil, les campings, les restaurants, les bars, les transports, les commerces de proximité, les avions, les marchés du terroir, les maraîchers, les cultivateurs, les légumes, les fruités… TOUT. Tout le monde se sert.
Je dois le dire : les bailleurs n'ont pas toujours eu cette critique constructive et salutaire. Le ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine environnant, les ambassades de différents pays, les organismes qui travaillent pour le développement durable, des entreprises privées qui cherchent à valoriser leur image et leur notoriété, tout le monde devrait se tenir la main pour faire grandir chacun. Le festival est un écosystème. La culture, c'est ce qui fait l'attraction d'un pays. Campings, artisans, bouchers, restaurants, artisans des marchés : n'est-ce pas une façon d'aligner la culture durablement ?
Du côté des bailleurs : Santé Canada, le Conseil des Arts du Canada, Patrimoine canadien, les ministères de la Culture des différents pays, le Conseil des arts de Montréal, la ville, les districts, les institutions politiques. Tout le monde peut participer. Et quand un festival est international, il y a les représentations canadiennes à l'étranger : chancelleries, ambassades, consuls généraux, le programme d'échange de visiteurs, le partage de pratiques d'un pays à l'autre ; parce qu'un festival doit être attractif, international attractif, et faire de grandes promotions. Oui ! Le festival doit reposer sur des critères objectifs pour avoir des fondations durables.
L'économie des festivals est inspirée par « la dimension de l'économie en cercle », c'est-à-dire que tout l'argent gagné par les participants sert à la dépense du tourisme de la ville, et que les artisans et les maraîchers créent de la valeur ajoutée pour tous. Avec un argent circulant dans le pays, la culture devient durable et croissante, et Genève ? Caribana est là pour l'excellence.
Alors, ce que nous voulons dire aux partenaires et aux bailleurs de fonds ici, c'est que peu importe votre localisation dans le monde, quand vous soutenez des festivals autour de vous, vous le faites pour tout ce que nous avons énuméré, tous ces jeux que nous avons énumérés. Vous jouez aussi un rôle stratégique dans le développement économique et communautaire des territoires, et ce soutien ne doit pas se limiter aux plus gros festivals : il doit s'étendre aussi aux plus petits, parce que les petits, c'est la base, et demain ils peuvent devenir très grands. Tout en ayant la pression des coûts du fonctionnement, les emplacements restent possibles, la porte vers la misère financiable qui reste très fragile.
Il y a des guides et des plateformes pour aider les organisateurs : voir canada.ca (Guide et Compagnons), le site du ministère du Tourisme du Québec (quebec.ca) et les publications d'organismes comme le CQFA.
Le financement des festivals, basé sur le mécénat, le partenariat et le sponsoring, a un appui structurel pour ce qui est du patrimoine des petits et des grands bailleurs de fonds. Il y a le crowdfunding, ou financement par la foule, qui permet aux festivaliers de participer au financement d'un festival qui ne trouve pas facilement une personne pour le financer. On peut contribuer au collectif par parrainage, en offrant son support.
Prenons l'exemple du crowdfunding sans frontières, qui permet à des personnes de financer des festivals à l'autre bout du monde : c'est une manière d'entretenir la durée. Le financement des festivals est un pilier du développement personnel et social de la culture : sans apport extérieur, peu de festivals survivraient. Alors les partenaires, les sponsors et les bailleurs de fonds sont essentiels à la promotion de la ville. Le participant qui couvre le festival, c'est-à-dire un média comme moi-même, couvre ce festival à la hauteur des partenaires. Il ne faut pas arrêter de soutenir les festivals, parce qu'ils peuvent être rustiques, ruraux et rejeter des stratégies, mais ils deviennent moins efficients.
Et pour entendre cela, justement, j'ai organisé l'été passé une conférence de presse avec une grande personnalité guinéenne, dédicacée à Caribana, pour que des jeunes de Caribana rencontrent en Côte d'Ivoire le ministère du Tourisme et de la Culture : bien avant le Pâques. Ce n'est pas seulement promouvoir la culture d'ici, mais parler de l'économie locale, de l'écosystème québécois. Les festivals sont des moteurs de culture : pancanadiens, panceuropéens ou panafricains, leurs retombées économiques sont importantes, surtout pour l'hébergement, et dans les régions, c'est très souvent ce que rapporte le financement et tout ce qui fait écosystème.
Pour les partenaires et les bailleurs de fonds, soutenir un festival, ce n'est pas acheter une affiche ou un logo sur un panneau. C'est investir dans une communauté, dans une mémoire collective, dans des souvenirs que les gens garderont toute leur vie. Sans vous, il n'y aurait pas de découverte, pas de rencontre, pas de fête et pas d'artistes. En soutenant, vous rendez la fête possible : des gens qui y travaillent, des musiciens qui montent sur scène, des visiteurs qui découvrent un lieu, des commerçants qui s'épanouissent, des villages qui prennent vie.
Ne laissez pas les festivals s'éteindre, parce que si les partenaires ne sont plus là, il n'y aura plus de scènes vivantes. Un festival apporte du bonheur ; l'argent qui est retiré pour soutenir un festival ne disparaît pas : il se transforme en emplois, en retombées économiques, en expériences humaines. Et c'est là que la vie s'abreuve, en se rappelant que chaque festival qui naît crée un cercle vertueux : la culture nourrit l'économie, et l'économie nourrit la culture.
Notre reconnaissance, à nous les explorateurs, est de savoir que sans vous, partenaires et bailleurs de fonds, nous n'aurions pas d'explorateurs non plus, car vous êtes les piliers de ces entrevues. Ce sont les festivals qui nous envoient, et nous, on redirige ces actions au Bahreïn. Continuez d'appuyer les festivals et de les soutenir grandement, le travail de partenaire n'est pas fini.
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