J'ai couvert des festivals pendant 20 ans : voici les 7 erreurs qui empêchent votre festival d'être vu
Depuis 2006, j'ai tendu mon micro dans des festivals en Guinée, au Mali, au Sénégal, en Côte d'Ivoire et aujourd'hui au Québec. J'ai vu de très belles fêtes rester invisibles, et des petits festivals faire parler d'eux bien au-delà de leur ville. La différence tient rarement à l'argent. Elle tient à quelques réflexes. Les voici, vus du côté de la caméra.
1. Le journaliste ne trouve pas comment s'accréditer
C'est, de loin, la plus grosse galère de mon métier. Elle touche les petits festivals comme les très grands.
Je ne citerai pas son nom, mais c'était un grand festival d'Afrique de l'Ouest francophone. Leur site n'avait aucun formulaire d'accréditation : il fallait écrire. J'ai envoyé des courriels, encore et encore, et j'ai attendu des semaines. Mon billet d'avion était déjà payé quand on m'a enfin répondu : « Ce n'est pas grave, tu retireras ton accréditation au bureau de presse en arrivant. »
Je suis descendu de l'avion et je suis allé directement au siège du festival, sans même passer déposer mes affaires. C'était la veille de l'ouverture. J'ai trouvé des dizaines de journalistes qui se bousculaient pour un badge, et des bénévoles débordées qui cherchaient nos noms sur de longues listes papier. Après des heures de vol, des heures de stress de plus. On a fini par trouver une solution, mais cette énergie-là, c'est de l'énergie en moins pour raconter votre festival.
La solution : une page « Presse » visible dès l'accueil, avec un formulaire d'accréditation en ligne et une date limite claire ; une réponse écrite à chaque demande, oui ou non, au plus tard deux semaines avant l'ouverture ; des badges préparés à l'avance, classés par ordre alphabétique, et un bureau de presse ouvert dès l'avant-veille.
2. Vous n'avez aucune image prête à partager
Avant votre édition, un média a besoin d'une affiche, de quelques photos de qualité et d'une courte vidéo de l'an passé, libres d'utilisation. Sans images, pas d'article, pas de reportage, pas de publication.
La solution : un dossier en ligne avec logo, affiche, dix photos et une vidéo d'une minute, chacune avec son crédit. C'est ce qu'on appelle un kit média.
3. Vos dates arrivent trop tard, ou elles changent
Les festivaliers qui voyagent préparent leur séjour des mois à l'avance. Les médias bâtissent leur agenda en avance aussi. Un festival qui annonce ses dates trois semaines avant, ou qui les déplace sans prévenir, perd les uns et les autres.
La solution : annoncer les dates le plus tôt possible, même sans la programmation. Si une date change, prévenez tout le monde le jour même.
4. Le jour J, personne ne peut parler au nom du festival
Sur place, c'est souvent le même scénario : on ne trouve jamais le directeur, ni un vrai responsable. On ne parle qu'à des bénévoles, qui répondent toujours « je vous reviens dans un instant ». Ce n'est pas leur faute : personne ne leur a donné le pouvoir de décider.
La solution : nommer un porte-parole, donner son numéro aux médias accrédités et prévoir à l'avance un créneau d'entrevue de dix minutes avec la direction.
5. Vous traitez le média comme un spectateur
Une équipe de tournage a besoin de choses simples : un endroit d'où filmer la scène, une prise électrique pour recharger, une connexion internet, et de savoir où elle a le droit d'aller. Quand rien n'est prévu, les images sont moins belles, et c'est votre festival qu'on voit moins bien.
La solution : un petit espace médias, même modeste, avec du courant, du réseau et une personne de référence.
6. Vous parlez de votre programmation, jamais de votre histoire
Une liste d'artistes, tout le monde en a. Ce qui donne envie d'écrire un reportage, ce sont les gens : la fondatrice qui a commencé dans sa cour, les bénévoles qui reviennent chaque année, le quartier qui se transforme, les artisans au marché. C'est ce que je cherche quand je couvre un festival : la ville, les lieux et les humains qui le font vivre.
La solution : préparer trois ou quatre histoires à raconter aux médias, avec les personnes prêtes à en parler.
7. Après la fête, vous disparaissez jusqu'à l'an prochain
Le dernier soir, tout le monde est fatigué, et le festival se tait pendant onze mois. Pourtant, c'est juste après que les images sont les plus fortes et que le public a le plus envie de revivre la fête.
La solution : publier un bilan et un film de l'édition dans les deux semaines, remercier les médias présents et leur envoyer les belles images. Ce sont eux qui reviendront l'an prochain.
Ceux qui le font bien : le souvenir du MASA 2014
Il y a des festivals qui sortent du lot. Mon meilleur souvenir, c'est le MASA, le Marché des arts du spectacle africain d'Abidjan, en 2014. C'était l'édition du retour, après des années de suspension.
Tout a commencé à Ségou, au Festival sur le Niger, chez Mamou Daffé, son fondateur, que je considère comme mon père spirituel. Il m'a présenté au professeur Yacouba Konaté, qui dirigeait alors le MASA. En me voyant travailler sur le terrain, il m'a dit : « Toi, on te veut chez nous aussi. » Il m'a donné sa carte et m'a demandé d'écrire à sa responsable de la communication.
J'ai envoyé mon courriel. Presque aussitôt, tout est arrivé : l'invitation, l'accréditation, puis la prise en charge complète du voyage et de l'hôtel. On me demandait seulement mes disponibilités pour organiser mon arrivée. J'étais bluffé.
Sur place, nous étions, de mémoire, une centaine de médias, logés ensemble et organisés. Quand j'ai demandé une entrevue à Koné Dodo, producteur et manager d'artistes et alors directeur général du Palais de la Culture, il m'a donné une heure précise. À mon arrivée, tout était prêt et l'accueil a été exceptionnel.
Voilà la leçon : un festival qui respecte les médias est un festival dont on parle. Je parle là de l'édition 2014 : les équipes et les méthodes ont changé depuis.
La checklist en une minute
- Une page Presse avec un formulaire d'accréditation en ligne
- Une réponse écrite à chaque demande, au plus tard deux semaines avant
- Un kit média : logo, affiche, photos, vidéo, crédits
- Des dates annoncées tôt, et tenues
- Un porte-parole désigné et un créneau d'entrevue
- Un petit espace médias : courant, réseau, une personne de référence
- Trois histoires humaines à raconter
- Un bilan et un film dans les deux semaines
Votre festival est peut-être déjà au catalogue
Votre festival est peut-être déjà parmi les {FEST} festivals du catalogue de Festival TV. Sa fiche est gratuite : revendiquez-la pour y ajouter vos dates, vos photos, vos vidéos et vos appels.
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Les conseils de Moïse 1er — la série
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